où j’ai essayé de rentrer dans des cases

20:10 Vanessa 2 Comments






Quand nous essayons de combattre les rouages d’un système, c’est rarement facile. Alors plutôt que de perdre notre énergie, parfois on en vient a faire le dos rond, a plier.

Et puis parler de certaines choses ne me paraissait pas très intelligent vu qu’on ne comprenait même pas le simple principe d’amour entre mes mères.

Après les multiples conseils « fais-toi des amis, fais une activité, etc… » j’ai commencé a sembler « normale » aux yeux des autres. Je me suis ouverte, toujours à l’écoute, toujours là pour dire à mes copains/copines que la porte de ma chambre était ouverte. J’ai participé activement à la vie scolaire,j’ai fais ma crise mystique, Dieu était Amour, vive le catéchisme, j’essayais de ressembler à mon voisin quoi.

C’est la période où j’avais carrément l’impression de « mener » une double vie.

Le jour, c’était études, petites bêtises entre copines, les garçons…la « normalité », sauf que le soir quand je rentrais, je les accompagnais boire un verre (à 13ans c’était du coca,pas d’inquiétudes) dans un bar super chouette. Le week-end, on allait dans un resto chic, et le jeudi c’était soirée raclette dans un autre bar du quartier super animé. Le point commun de ces lieux? Ils étaient tenus par des gays et des lesbiennes.
Parfois, quand je décidais d’aller faire un petit tour, et qu’il était un peu tard, j’étais certaine d’arriver en un seul morceau, et vous savez pourquoi? Parce-que les filles de joie de mon quartier m’ayant connue haute comme trois pommes veillaient toutes à ce qu’il ne m’arrive rien.

ça vous choque? moi non, ce sont les personnes les plus altruistes qu’il m’ai été donné de rencontrer dans ma vie…c’était ça ma « normalité ». Mais quand mes potes me demandaient ce que j’avais fait de mon week-end, je ne pouvais pas leur répondre : j’ai été voir un concert dans un cabaret de travestis,et j’ai bien rigolé!

Je mentais aux gens, je me mentais à moi-même, la force de vouloir être moi avait un peu foutu le camp. Quoi que je tentais de faire, je n’étais pas heureuse. Dire la vérité, ça gênait, cacher la vérité me faisait du mal. Je ne trouvais donc pas ma place…et c’était très inconfortable.

Puis j’ai rencontré Susana…aussi discrète que moi, toujours dans un coin, je ne l’avais presque jamais remarquée alors que nous étions dans la même classe! C’est devenu ma meilleure amie, la seule que j’ai jamais eue et que je n’aurais plus jamais. Je pouvais tout lui raconter, ça la faisait rire. Ca lui permettait aussi de s’échapper de son propre quotidien à elle qui n’était pas rose non plus. Elle me disait souvent que mon foyer étant plus sécurisant que le sien et pourtant elle avait un père et une mère.

Quelque part, elle m’a permise d’être moi-même sans honte, j’ai pu vivre avec elle l’enfance et la pré-adolescence qu’on m’a refusé.
Cette fille m’a sauvée sur bien des aspects. On s’est perdues, retrouvées, perdues, mais on avait ce lien spécial qui faisait qu’on ne pouvait pas rester trop éloignées l’une de l’autre trop longtemps et malgré nos différents chemins de vie.
Si je termine en parlant d’elle, c’est que j’ai encore énormément de culpabilité en moi, de ne pas avoir réussi à la sauver à mon tour. Susana s’est suicidée il y’a trois ans…

Elle a été ma béquille, ma confidente, la personne la plus gentille et sincère du monde, et comme je l’ai dit plus haut, elle avait une soeur, une mère et un père. Le schéma que la société voudrait imposer aux enfants…mais ça ne les protèges pas plus des déséquilibres de la vie que ceux qui ont des parents homosexuels, ne l’oubliez jamais.



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